vendredi

Dépeçage





… entre peu sage

et dépeçage
j'antropophage
Mes secondes
puis les vomies, les chies
comme des étrons superbes
Qu’auraient l’air
De  truffes savoureuses
Au chocolat
là, là, là, partout et là, encore
 …. lasse.




samedi

Le Canard de Rouen



« A la Normandie, si riche en tant de choses, appartient le plus délicat, le plus fin, le plus gras, le plus savoureux, le plus opulent, le plus estimé de tous les canards de France et de Navarre. La merveille de la broche et la volupté de la table, c'est le canard de Normandie. C'est à croire que les navets ne poussent que pour lui faire cortège et que la douce Provence se pare d'oliviers pour lui faire honneur. Ses aiguillettes roses, que le citron relève, sont exquises, et ses cuisses, un peu grasses, triomphent dans ces daubes odorantes qu'adorait le vieux Corneille.  

....Le premier de tous les canards de Normandie : fine chair, fine graisse et fine fleur, c'est le canard de Rouen. Il est de noble origine, issu en ligne directe du canard sauvage dont il a gardé le plumage superbe et le fumet original. On dirait qu'il porte son extrait de naissance sous son aile. Un jour de jeûne, il s'est laissé séduire par les charmes de l'auge et l'attrait du grain. Le voilà conquis à la civilisation et à la casserole. C'est le mieux vêtu de nos canards : bec jaune taché de noir, couleurs vives et tendres, capuchon d'un vert charmant aux reflets veloutés, poitrine marron et collier blanc ; ventre gris-perle, ailes cendrées que terminent de beaux miroirs à reflets verts et bleus, rehaussés d'un liseré blanc. La robe est fort jolie, mais c'est particulièrement le dessous qui nous intéresse : la plume s'envole, la chair reste, et la fourchette a des plaisirs aussi sacrés que le regard. Quelque admirable profusion de teintes et de nuances artistement combinées que présente son plumage, la plus belle couleur d'un canard de Rouen est la robe d'or qu'il emprunte à la flamme des cuisines. »


Jean-Camille Fulbert-Dumonteil 
(Ecrivain et magnifique chroniqueur gastronomique de la Belle Époque originaire du Périgord)

*A ne pas confondre avec les "Conards de Rouen " qui durent en leur temps, toutefois, se repaître à loisir de ce canard de Rouen ...



Journal du penchant des roseaux :
http://domec.net/

mercredi

I had a dream (autre texte pour Johnny)

I had a dream, un rêve intime
To sing Elvis, hors la coulisse
I was fifteen, gosse anonyme
Running the streets, plein de malice


A force d’y croire c’est arrivé
Le blues m’a pris entre ses cordes
Que sur des scènes j’ai pincées
Jusqu’à ce que ma voix déborde
Et j’ai aimé et j’aime encore
Sentir vos cœurs battre en un seul
Quand dans la salle sur un accord
Le blues sur ma guitare s’affole


Refrain
I had a dream, un rêve intime
To sing the blues, hors la coulisse
I was fifteen, gosse anonyme
Running the streets, plein de malice


A force d’y croire c’est arrivé,
Et ma vie s’est faite musique.
Pourtant rien n’est jamais gagné,
Il faut se battre, rien n’est magique.
A chaque fois qu’un doute m’étreint
J’ai un remède à mes accrocs :
Une habitude, presqu’un instinct,
De votre amour, je chante l’écho.


Refrain
I had a dream, un rêve ultime
To sing Johnny toute ma vie
‘Cause I love you, foule anonyme
you ‘r my flame, mes chants, mes cris !

dimanche

As time goes by...

C'est un mercremanche, jour de pot au feu, que j'ai pris ma décision. Longtemps je l'avais gravée sur ma pierre, mais longtemps, je ne l'avais pas décidé. C'est le fumet des carottes et du poireau qui a sans doute poussé l'escampolette à l'extérieur de moi. Ces fumeuses odorantes volutes se sont glissées en douce de mes narines à mes esgourdes, et sont venues tacler mon humeur de ce gras matin de mercremanche. j'ai entendu : Pars! Je suis partie, donc.


J'ai pris mon short, mon calame, un tonneau de vin et une casquette de capitaine. Sur le quai de mes brumes, j'ai acheté un bateau, hissé ses voiles, chatouillé sa brigantine, escaladé le mat de misaine, mais rien, rien n'a même gigoté sous la houle. L'embarcation ne bougeait pas d'une vague. Peine perdue en effet, on ne m'avait pas spécifié qu'il s'agissait d'un navire à air comprimé. Je dus donc louer les services d'une centaine d'accordéonistes pour faire le plein d'air.


Heureuse, je quittais enfin le port, laissant sans regret derrière moi, le pot au feu qui s'en réjouit, car il aimait les pots... mais ça, je le sus bien plus tard.


J'ai vogué pendant des lunes et des lunes, laissant l'air se décomprimer librement. Mais les poings du ciel, rouges comme un babybel, poussaient, je le sentais bien, ma coquille de moi vers un unique point que je ne parvenais pas encore à définir. Bientôt, des côtes lardées de terre m'apparurent et je reconnus, à ma grande joie, Casablanca la brune. Je freinais de justesse et tricotais tant bien que mal un créneau pour caler mon engin.

Puis je sautais, allègre sur le quai, et enroulais mon bout de cordage autour de la bite d'amarrage qui frémit sous la corde. J'aperçus à deux pas, le Rick's café. C'était là, là, que mon matin de mercremanche m'avait guidé. J'entrais. J'y bus un whisky, non, trois, oui, trois, parce que l'air que jouait et fredonnait ce type bancal sur un vieux piano droit, là-bas, au fond de la salle, se mit à bouleverser mon ventre... ça me soufflait dedans, du gris, du doux, du feutre comme sur la tête d'un Bogey vertueux.. ça me fit amoureuse aussi, d'un coup, d'un seul, mais de personne, juste de l'amour. C'est ça qui a fait que les paroles de cette chanson ont commencé à clapoter dans mon verre:


"You must remember this
A kiss is just a kiss,
a sigh is just a sigh.
The fundamental things apply
As time goes by...."


J'ai passé le reste de la nuit à vider la bouteille et a mangé cet air-là. Au petit matin, je me suis réveillée sur le zinc, la tête collée au bar et la main droite serrant encore mon verre vide. Rick, le patron m'a offert un café, une cigarette et un baiser fougueux. j'ai tout accepté sans broncher. Après je suis partie en titubant vers les quais et je me suis assise sur un tonneau qui ne détonnait pas, là. J'y suis restée des heures. Vers midi, un marin est venu me dévisager. Je me suis sentie nue, alors, je lui ai piqué sa veste. Il n'a pas réagi, a toussé, puis m'a dit: "Rick te cherche partout".


ça m'a plu qu'il me cherche. J'ai rendu sa veste au marin, lui ai tapé un sourire sur l'épaule et suis partie en direction de mon rafiot. J'avais d'autres amours à rêver, ailleurs.


As time goes by... même un matin de mercremanche qui sentait bon le pot au feu.

lundi

La gueule infernale


Jeremy Geddes

La gueule infernale
des Chorales d'Hybris
perce comme la salpinx
la cochlée des coeurs purs
Gueule de dinosaure
Gueule de hareng-saur
tu gueules gueules gueules
à leur vie ta morgue

Mais va!  gueule savante
gueule de murène
tu trompes trompes trompes
l'eustache
des coeurs purs
comme la putain
qui pleure
sans sa maman
dehors

Mais va! gueule d'esthète
 gueule de nains géants 
tu railles railles railles
les coeurs purs
dont la narine frétille
à gober les crachats
de ta béante gueule

O trompette d'Hybris
Ta geôle, le sais-tu,
est ta gueule dégueulante
de ta bouche
dégout

mardi

Chanson pour Johnny : MARLON



Quand j'ai un ciel de plomb
Qui brouille mon horizon,
Et que ma terre devient
Boueuse comme un chagrin,
Je viens à toi , Marlon
Sur les quais de tes rôles
Prendre un tramway où sonne
Un désir qui me frôle

O Marlon! O Brando!
Je traverse la toile,
Apocalypse now!
Je côtoie mon étoile!
O Marlon, O Brando!
Il n'y a plus d'écran,
Tu deviens mon credo,
Je redeviens enfant!

Dans mon fauteuil de cuir
Où s'étirent mes humeurs,
Ta présence m'aspire
je n'suis plus spectateur!
Je suis Docteur Moreau
Sur l'île cabotinage,
Ou bien encore Rio,
Vengeance aux deux visages.

O Marlon! O Brando!
Don Vito Corleone
Me tape dans le dos
Invoquant la Madone!
Maria Schneider est là
Pour un dernier tango
Est-ce pour toi, pour moi
Danse le quiproquo

Quand j'ai un ciel de plomb
Qui brouille mon horizon
Et que ma terre devient
Boueuse comme un chagrin
Je viens à toi , Marlon
Sur les quais de tes rôles
Prendre un tramway où sonne
Un désir qui me frôle


© C. D


dimanche

Les arbres, mes amours...




Hors de ma grotte, ce que j'aime, en plus du regard des chiens, ce sont les arbres. Pas vraiment les hommes ou leurs petits. Les arbres, mes amours. 

Si je le pouvais, je ferais comme Jacques, le fils de la ferme voisine de chez mes parents.

Enfant, il passait des journées entières dans les arbres. Ça me fascinait tant que j'en étais devenue amoureuse, juste à cause de ça, des arbres. Aujourd’hui, j'y pense encore.


vendredi

Si l’on devait ne pas mourir




Sabin Balasa



Si l’on devait ne pas mourir
Mon amour, est-ce qu’on s’aimerait ?
Est-ce qu’on conjuguerait nos rires
Sur un futur qu’on rêverait ?


Toute une éternité à vivre
Sans issue, ni délai, ni but
Avec pour unique point de mire
Un présent à perte de vue.


Exit la douleur de l’absence,
L’angoisse du fatal dénouement,
Juste une danse de l’errance
Sans nécessité d’un onguent.


Si l’on devait ne pas mourir
Tu serais chien, je serais chienne
Et l’on s’accouplerait pour jouir
Sur les trottoirs de nos hygiènes.


L’éternité plus que la mort,
Inaccessible à nos consciences,
Comme sous les coups d’un matador,
Jouerait à tuer nos espérances.


Plutôt que vivre une vie sans fin
Je choisis celle qui s’achève
Je ne veux pas d’une vie de chien
Je veux t’aimer et qu’on en crève.


mercredi

Mes pieds

"Enigme sans fin"
Dali


Je marche en regardant mes pieds. Je pense mieux quand je les regarde en marchant. Pourtant ils sont laids, déformés même. Je n’aime pas mes pieds, me font souffrir souvent. C’est le cas là, maintenant. Peut-être que je pense trop et que mes pensées réveillent la douleur? J’ai remarqué que cela arrive toujours quand elles virent au mauve. ça doit déranger mes pieds pas beaux. Ou alors ils sont programmés pour faire diversion en moi. En tous cas, le système est très au point, parce que là, j’ai vraiment mal, et je ne pense plus qu’à eux.

Ce sont mes orteils. Les deux gros. Ils sont tournés « en dehors » . En latin, ça se dit valgus. C’est Isidore, un vieux sourcier aux allures de détective qui un jour m’a appris ça. C’était à Eguson, dans l’Indre. Ma route m’y avait mené à cause de l’Aiguille Creuse de Maurice Leblanc. Doux souvenir de mes lectures d’enfant. Je m’étais allongée sur un coussin de bruyères au bord du lac Chambon, les pieds nus et enfin libérés de leur étau de marche. Je n’en pouvais plus de douleur.

Je grimaçais en massant ces deux protubérances obscènes, quand j’entendis derrière moi : « Oh les beaux valgus! ». Sans en comprendre le sens, le son de ces quatre mots que je crus un sur le moment, me plût. Je souris. Le bonhomme s’assit face à moi, posa sa baguette sur l’herbe et après avoir tourné les paumes vers le ciel, entreprit mes orteils.

Ce fut.. c’est encore, parce que je me le rappelle, un instant de grâce. Ses mains comme un baume magique m’insufflaient un flux continu de bon, de bien, de paix. Après il me dit son nom, son chemin, sa vie et nous passâmes la nuit à parler de sources, d’eau et de la terre.

Au petit matin, on se dit adieu même si on savait tous les deux qu’il n’existait pas. Mais moi j’avais appris une chose: j’avais un hallux valgus et ça m’a fait rire.

Dérisoire tout ça. Quand même, c’est important les pieds. Lien à la terre. Si je pose mal mes pieds, ça peut faire que je suis mal dessus. Sur la terre.
Et puis, des pensées violettes qui filent vers des pieds. Etrange.

samedi

Ecrire

"Melancholy and Mystery of the street"
Giorgio de Chirico


"La solitude de l'écriture c'est une solitude sans quoi l'écrit ne se produit pas, ou il s'émiette, exsangue de chercher quoi écrire encore. Perd son sang, il n'est plus reconnu par l'auteur. Et avant tout, il faut que jamais il ne soit dicté à quelque secrétaire, si habile soit-elle, et jamais à ce stade-là donné à lire à un éditeur...

... Il faut toujours une séparation d'avec les autres gens autour de la personne qui écrit des livres. C'est une solitude. Pour débuter la chose on se demande ce que c'était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l'on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu'elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l'écrit.

... Ecrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. C'est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. ça ne parle pas beaucoup parce que c'est impossible de parler à quelqu'un d'un livre qu'on a écrit et surtout d'un livre qu'on est en train d'écrire. C'est impossible. C'est à l'opposé du cinéma, à l'opposé du theâtre, et autres spectacles. C'est à l'opposé de toutes les lectures. C'est le plus difficile de tout. C'est le pire. Parce qu'un livre c'est l'inconnu, c'est la nuit, c'est clos, c'est ça...

... ça rend sauvage l'écriture. On rejoint une sauvagerie d'avant la vie. Et on la reconnait toujours, c'est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture, il faut être plus fort que ce qu'on écrit. C'est une drôle de chose, oui. C'est pas seulement l'écriture, l'écrit, c'est les cris des bêtes de la nuit, ceux de tous, ceux de vous et de moi, ceux des chiens. C'est la vulgarité massive, désespérante, de la société. La douleur, c'est Christ aussi et Moïse et les pharaons et tous les juifs, et tous les enfants juifs, et c'est aussi le plus violent du bonheur. Toujours, je crois ça."
Extrait de "Ecrire" de Marguerite Duras
je cite Elle, je cite rien, comme je dis ça, je dis rien ... *_*

mardi

"Soir Bleu"
Edward Hopper

Instant:
là sublimé
éternel,
dense,
même si
l'éphémère substance
danse

vendredi

Ugoline


"Thérèse rêvant"
Balthasar Klossowski dit Balthus

Depuis toujours, l'intérieur de cette femme-là, est parsemé d'une multitude de petits monticules comme le font les taupes dans les près et jardins. Ces petits tas informes sont habités de golems rongeurs qui aiment à se délecter de désespoir. C'est leur nourriture de prédilection. Ils en raffolent.

On dit que ces golems rongeurs naissent de la copulation entre une humiliation et un baiser... et qu'ils n'ont ensuite de cesse de se regénérer. Mais cette femme-là ignore comment ils sont nés et pourquoi. Encore aujourd'hui, ils ravagent toutes ses cultures.

Pourtant, l'extérieur de cette femme-là est lisse, doux, sans hillock disgracieux, juste des monts et vallées, voire quelques collines coquines sur le flanc de ses désirs.
Mais ça, elle ne le voit pas.

Ces golems rongeurs creusent sans répit leur golèmières et ne cessent d'émettre une bouillie de sons sibyllins et assourdissants dans son intérieur. Alors, forcément ça la gène... et ça brouille sa perception du monde qui l'entoure.

Pourtant, malgré ce flou, elle sent souvent que les choses dites autour d'elle sont si évidentes ! mais elle préfère se taire parce que quand elle se risque à dire ou à écrire une phrase pour signifier l'évidence de l'évidence, personne ne comprend et tout le monde l'a prend pour une Ugoline qui aurait atteint le cocyte glacé.

Mais le monde, autour, n'a sans doute pas tout à fait tort.

samedi

Mes personnages et moi, on retourne chez nous...

Il y a quelques mois déjà, j'avais donné l'autorisation de sortir à tous les personnages de mes deux romans feuilletons en cours, avec bien entendu une heure limite de retour.. (2 heures du mat, je crois) ... sauf que ces sacrés larrons en ont profité pour filer à l'anglaise et ainsi m'échapper!!! je suis sûre que c'est la Jeanne, aidée de Filibert, qui les a poussés à s'évader! et j'imagine bien le joufflu Radar suivre ce couple leader avec un malin plaisir, entraînant dans son bagout, Lome et sa jeunette qu'aurait sympathisé avec Morto, Eva et Charles... sans parler des autres!

Je leur avait dit : - Dès le sixième chapitre, je vous laisserai souffler un peu, et pour vous récompenser de m'avoir entraînée dans vos histoires avec tant de sollicitude, je vous permettrai d'aller respirer à l'extérieur pour éventuellement rencontrer d'autres personnes, différentes... le deal était clair : chaque soir , ils devaient revenir au bercail pour que nous puissions continuer ensemble à cheminer vers le septième chapitre et les autres ... Tous et toutes avaient accepté et promis de ne pas me trahir. J'étais confiante.

Pendant environ deux semaines, ils rentrèrent à l'heure. Mais éreintés, fatigués de leur virées extérieures, ils s'endormaient très vite et repartaient de plus belle chaque matin, me laissant seule sur le pas de mon clavier. Et puis un jour , ou plutôt une nuit, à deux heures comme convenu, personne! Inquiète, angoissée, fébrile, je me mis à leur recherche partout, en vain. Cela dura deux longs mois. Je m'étais équipée d'un filet à papillon pour mieux les capturer. Rien. j'étais desespérée.Ils s'étaient fait la malle. Mes personnages m'avaient bel et bien échappé... je me sentais si seule, si vide, si rien sans eux!

Que leur était-il arrivé? Pourquoi m'avaient-ils si lâchement abandonnée? Etait-ce le chiffre sept qui s'annonçait par le chapitre, qui les avait effrayé? S'étaient-ils plu ailleurs ? avec une autre? un autre? Je me rendais compte que tout était de ma faute. Jamais je n'aurais dû les exposer comme ça à d'autres regards avant que notre histoire ne fut terminée.Je devais les retrouver coûte que coûte.

J'ai parcouru tous les méandres de nos histoires, pleurant, hurlant, bavant... et puis, il y a quelques jours, un matin sans même que j'utilise mon filet à papillons, ils étaient là, tous. J'étais si heureuse et eux si penauds que je leur ai vite pardonné. Nous nous sommes promis , crachés, que plus jamais nous ne nous quitterions jusqu'à la fin de nos histoires. Après on s'est embrassé et on a fait la fête jusqu'aux points de suspension.

Voilà, maintenant on se garde pour nous. C'est pour ça que j'ai fermé bien à clef nos deux lucarnes "Road Apple" et "Rock on Abbey" (de toute façon, ces deux titres étaient provisoires et ne correspondaient à rien) ... On reviendra peut-être, je ne sais pas, quand tout sera fini.


Extraits Road Apple:
"Je suis née sous un pommier en fleurs en plein pays de Caux. Elevée au grain par un père bouilleur de cru, (ma mère s’étant tirée dès mes six mois de vie avec un rémouleur de passage), j’ai paisiblement blotti mon enfance dans un trou normand, et ce fut bien.

Entourée d’un père aimant, je passais mon temps d‘enfant affalée entre meules de foins et marc de pommes, et dévorais en solitaire, Balzac, Maurice Leblanc, Flaubert et Maupassant. Lola, une belle truie grasse et potelée me tenait lieu de confidente. Je grandis heureuse et insouciante. Tous les jours, je buvais du cidre et j’aimais bien aussi...."


Extraits Rock in Abbay:
"Dès ses neuf mois de vie, elle décida de se fabriquer une solitude. Quelques becquées plus tard, elle en bâtit la charpente avec les chevrons de son imaginaire. C’est ainsi qu'elle est devenue presqu’île, une presqu'île tournée vers le levant. Parfois pourtant, il lui arrive de s'inviter dans la caverne d'Amaterasu, et ensemble elles boivent un thé délicieux, si délicieux qu'elles en oublient le soleil. Se ressourcer loin des feux, dans l'ombre, ensemble, ça, elles aiment. Avec sa Déesse, elle absorbe la conscience sereine de sa moisissure et la grotte l'y conforte. Gonflée de ses ombres, elle peut alors s'offrir à l'aube, prête à en emplir le soleil et à s'en repaître.

Là, elle vit dans l’instant, un instant qui l’emmène vers un autre instant. Rêvé, imaginé, réel ? Ce dernier mot la bouscule, toujours, et inversement... ça l'interroge. Pour réel, elle lit leer, mais en espagnol, et Lacan n'y est pour rien...."

PS: Pardon et merci beaucoup à tous mes lecteurs et lectrices de passage

*_*

Onise



Johann Heinrich Füssli
"Le cauchemar" (1781)

Et je ris, Onise, à ma guise
sans bruit, sans noises, ni dépit,
mais sur un air que je déguise
en cri figé sur eau de vie

Sur le toit de mes passions
J'ai vu l'amour ricaner
Et glisser dans ma raison
Un jet d'ironie glacé.
Sur le faîte de mes leurres
Il avait les yeux du temps
Noirs, carbonisant mes heures
Quand il pleut et qu'on attend

Lorsque de tes yeux j'ai bu
Le laser de ta pupille,
Un éclair de foetus nu,
Dans mon coeur, comme une vrille,
A déversé le venin.
Et j'ai aspiré cynique,
Le plaisir du mal câlin,
Breuvage profane et comique.

Dans l'antichambre des coeurs
L'amour pose des collets
Pour insuffler son aigreur
Et nous dire qu'il n'est pas né.
Refuge-illusion fâné
Preuve est faite qu'il se meure
Dans la fumée des années
Ressuscite le moi mort.

Il n'y a qu'ironie amour
Rien ne va plus de mes beaux jours
Entre les soupirs et les mots
Filtre fade le quiproquo.
Et je ris, Onise, à ma guise
sans bruit, sans noises, ni dépit
mais sur un air que je déguise
en cri figé sur eau de vie.

lundi

Peut-être...



Peut-être bien que si, vous pouviez comme nous,
Sentir dans vos entrailles une vie qui éclôt,
Peut-être bien qu’enfin le monde serait moins fou,
Moins plein d’absurdités, de gâchis, de chaos.

Imaginez en vous au creux de votre ventre
Un petit cœur qui bat sur le tempo du vôtre,
Puisant dans vos artères la vie jusqu’en son antre,
Battant comme un tambour qui est vous qui est autre.
Imaginez en vous, comme une chrysalide,
Un petit corps qui croît au rythme de vos pas,
Et laissant votre souffle le pousser comme un guide,
D’un léger coup de pied vous dirait, je suis là.

Imaginez en vous jusqu’au bout de vos veines,
Un amour qui inonde chacune de vos secondes
Et dont la douce empreinte, comme une magicienne
Viendrait à tout jamais éclairer votre monde.
Imaginez en vous une douleur intense,
Qui s’éteint sur le cri d’une vie qui s’allume,
Mais dont la lueur veille comme une appartenance,
Vous rappelant sans cesse qui nous sommes, qui nous fûmes.

Peut-être bien que si, vous pouviez comme nous,
Sentir dans vos entrailles une vie qui éclôt,
Peut-être bien que si…
Peut-être bien… peut-être !


PS. Ces mots-là sont assoiffés de notes ... de musique *_*